Kokeshi, l’art des poupées japonaises

Auteur : Laetitia Hébert
La quatrième : 
Comment l’artisanat des kokeshi a-t-il commencé ? Qui fabrique encore ces poupées en bois ? Comment distinguer les kokeshi les unes des autres ? Leurs motifs ont-ils des significations ? Qu’est-ce qui inspire les artisans ? Autant de questions auxquelles je réponds dans ce livre – en 36 courts chapitres. Et comme il est plus facile de comprendre la diversité des kokeshi en en voyant (vraiment) beaucoup, le livre présente plus de 250 poupées!

Nourri de mes recherches et de mes rencontres avec les artisans, Kokeshi, l’art des poupées japonaises est une introduction idéale à cet artisanat, qui a tant évolué en 200 ans d’histoire. Une lecture attrayante pour les amateurs d’artisanat comme les curieux du Japon.

Petit plus pour les collectionneurs, le livre inclut un répertoire de signatures des kokeshi du livre – soit 120 signatures d’artisans.

Mon avis :

Si votre curiosité a été titillée par les présentations des kokeshi par Les 100 objets du Japon et Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais, alors il est grand temps de vous plonger dans le livre de Laetitia Hébert, qui tient le site Folkeshi depuis 2016, et qui partage sa passion et son précieux savoir dans un joli petit livre à couverture souple.

L’auteure écrit dans un style fluide et clair, ce qui en fait un livre accessible pour tous les âges. Les définitions des onze styles sont également bien définis, autant que faire se peut au vu des variations. Ces styles ne sont pas les seuls à être développés puisque l’auteure nous parlera aussi des kokeshi transitionnelles et des styles contemporains.

Plus les pages se tournent, plus on a envie d’en savoir plus. Histoire, motifs, genre des poupées, styles et variations, usages, artisanat, vous saurez tout en refermant la dernière page, et ce sans bourrage de crâne. Pour chaque style, on décrira son histoire et ses origines, les artisans majeurs, les lieux, et une liste des critères qui le rendent unique. Parfois, c’est un peu flou, et cela tient presque à une nuance subtile. Je vous laisse vous prêter au jeu avec les nombreuses photos du livre !

Style Yajirō. Courtesy of Laetitia Hebert/Folkeshi.

Ensuite, on vous parlera un peu de l’histoire du renouveau des kokeshi, avec l’impact qu’a eu la Seconde Guerre mondiale sur le développement et l’engouement pour ces poupées de bois. Les deux bombes et la défaite ont créé dans la population un fort sentiment de « c’était mieux avant » et les kokeshi se trouvèrent alors investies de cette aura du passé. Ces kokeshi, dites kokeshi souvenir, puisqu’elles servaient de cadeaux lors de voyages touristiques, vont être cependant différentes en styles et formes, innovant dans les formes, les tailles, les couleurs, les thèmes : couples, animaux fantastiques ou dieux. Les moyens de production et de diffusion changent aussi.

Et voilà, les kokeshi sont à la mode ! Les styles évoluent, les artisans innovent, créent. Laetitia parle de bouillonnement, c’est exactement cela qu’il se passe ! Les kokeshi sōsaku se démarquent des kokeshi souvenir. Les secondes sont des objets touristiques, tandis que les premières deviennent des objets d’art, parfois faites en modèles uniques. Ce foisonnement donne naissance à des associations, puis à des concours.

Enfin, ce chapitre se clôt sur quatre parcours d’artisans aux vies et créations uniques. Je vous laisse les découvrir, ils valent le détour.

Tayama Izumi, style Nanbu. Courtesy of Laetitia Hebert/Folkeshi

Enfin la dernière partie parle de la place de la poupée de bois dans la culture populaire. Jizo, messages, cadeau de naissance, fête des filles, jouets, bouddhisme et kawaii, elles sont partout ! Pour chaque thème ou occasion, sa poupée. Laetitia vous présente quelques unes de ces kokeshi et l’histoire qui vient avec. Saviez-vous qu’il était possible d’envoyer un message dans une kokeshi par la Poste japonaise ? Ou qu’on pouvait faire faire, depuis les années 80, une poupée de la taille et du poids de l’enfant ? Eh bien moi non plus.

Mes préférées ? Difficile de choisir, mais les styles nanbu, kijiyama et tsugaru ont ma préférence dans les kokeshi traditionnelles, et j’aime beaucoup les kokeshi plus contemporaines, plus mignonnes mais plus variées aussi. Coup de cœur pour celle représentant Kannon également !

J’ai pu poser quelques questions issues de ma lecture à Laetitia, qui a eu la gentillesse de m’accorder du temps.

Je m’interroge sur les critères de reconnaissance de tel ou tel style. Je prends l’exemple des Yamagata, qui sont censées avoir le corps droit, mais la photo en montre avec le corps courbe. Du coup, est-ce qu’il est possible de ne pas remplir tous les critères, et ne risque t on pas de confondre avec un autre style ? Comment lève t on les ambiguïtés ?

C’est le point délicat effectivement. Certains styles sont proches, et peuvent être confondus, par exemple Zao et Yamagata, ou Hijiori et Zao… D’autre part, certains artisans s’éloignent des caractéristiques typiques de leur style, et brouillent les pistes. S’ils prennent des apprentis, cela donne lieu à une « sous-catégorie », presque jamais reconnue officiellement, mais qui peut, les années aidant, représenter une partie non négligeable de la production. C’est le cas par exemple de la famille Ishiyama, dont les poupées Zao sont très particulières. Localement, on les appelle « Yamadera kokeshi », car Ishiyama Sanshiro et son fils étaient établis à Yamadera, dans le Yamagata.

Il est tout à fait possible qu’une kokeshi ne présente qu’une partie des caractéristiques de son style. Le seul moyen de trancher, quand on hésite, est de lire la signature et identifier les artisans. Chaque artisan produit des kokeshi seulement dans son style, transmis par son maître lors de l’apprentissage.
Connaître la production de chaque famille d’artisans aide beaucoup, c’est ce que font en général les collectionneurs japonais.
Tout comme la loi et l’esprit de la loi, il y a le style et « l’esprit du style »…

Pour les amoureux des objets, des poupées et les collectionneurs, puisqu’il y a même une liste des artisans et de leurs signatures en fin de livre, à leur destination.

C’est un livre dont j’ai beaucoup apprécié la lecture, me prêtant au jeu de reconnaître ici et là les caractéristiques de tel ou tel style, de découvrir certaines formes ou innovation, et certains usages. Un must-have pour les passionnés non seulement de poupées mais aussi du Japon : vous pourrez en apprendre beaucoup sur ces personnes de bois mais également sur plein d’aspects de la culture japonaise qui y sont liés de près ou de loin.

Le site de Folkeshi : https://www.folkeshi.com/

Éditeur : Sully
Parution française : Novembre 2019
ISBN : 978-2-35432-329-5
Prix : 19€

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