Une femme et la guerre

Auteur : SAKAGUCHI Ango 坂口 安吾, KONDŌ Yōko 近藤ようこ
Traduction : Patrick Honnorė
Titre original : Senso to hitori no onna, 戦争と一人の女 / Zoku senso to hitori no 続戦争と一人の女
Éditeur : Philippe Picquier
Parution japonaise : 1946 pour les nouvelles, 2012 pour le manga.
Parution française : 3 octobre 2019
Prix littéraires : –
Adaptations : Un film réalisé par INOUE Jun’ichi
ISBN : 978-2-8097-1446-3
Prix : 16,50€
La quatrième :
Une femme et la guerre, ce sont d’abord deux courtes nouvelles de Sakaguchi Ango, écrites dans les premiers mois qui ont suivi la capitulation japonaise en 1945. Deux nouvelles-soeurs, comme les qualifie l’auteur.
Kondô Yokô a entretissé les deux nouvelles, les deux narrations, celle de l’homme et de la femme, pour en faire un manga paru en 2012.

Une prostituée partage avec son amant l’exaltation érotique que procurent feu et destruction au beau milieu des ruines et des corps calcinés. Ce n’est pas l’amour qui les rapproche mais bien le chaos ambiant. Au milieu des bombardements nocturnes, la femme oscille entre un désir intense de vivre et la peur de mourir dans un Japon finissant : « Moi, je veux vivre comme un tigre dans la forêt vierge… vivre au risque de ma vie. »

Mon avis :

J’ai commencé par le manga, puis le commentaire de l’auteur, pour ensuite lire les deux nouvelles, soit tout à fait l’inverse de ce que je recommanderais au lecteur. Cette œuvre singulière est une grande surprise. Les nouvelles présentent les points de vue de Nomura, l’homme (I) et de la femme (II). Le rapport de cette femme à la guerre est très particulier, mais c’est en terminant la lecture de ces œuvres que la lumière se fait.

1945. La guerre fait rage, les bombardements harcèlent le Japon. La femme et Nomura se sont unis pour survivre et échapper à l’armée. Elle, ancienne prostituée et tenancière de bar, lui futur esclave ou cadavre. Union fortuite de deux êtres qui s’observent.

Du point de vue de l’homme, elle est une femme sans cervelle, presque un animal, qui a tout juste l’avantage d’avoir un corps bien fait. Comme toutes les femmes, elle est malsaine, émotive, avide et égoïste, et lui mériterait mieux. Mais il la désire, se laisse emporter par sa passion en attendant la mort. Le sexisme de sa vision du monde pourra choquer. Représentatif d’une époque ? Peut-être.

Quant à la femme, quant elle se livre, ce n’est évidemment pas tout à fait la même chanson. Cette femme sans nom, au passé lourd (vendue par ses parents campagnards à un bordel), semble avoir l’émotion fugace et un corps sans orgasme. Seuls les bombardements, cette proximité de la mort, semble lui fournir l’excitation dont elle a besoin, sans qu’elle ne semble s’en rende compte.

« Elle était femme d’une nation bombardée. Le Nomura qu’elle aimait n’était pas l’homme Nomura, c’était l’incarnation de l’amour sous les bombes ». (p.18)

Si Nomura croit qu’elle n’est excitée que par la guerre, la femme y voit sa haine se déverser et embraser tout, pour enfin mettre fin à une souffrance indicible qui la rend profondément triste. Cette haine, elle la cherche aussi dans les yeux de Nomura, qu’elle aime bien que lui n’affirme que son attachement fortuit.

Ce mélange éros et thanatos en filigrane perturbe, alors que le fil conducteur et principal est finalement le lien fortuit entre deux personnes réunies par l’adversité, un pétri de défaite et trop sur de lui, une pétrie de haine salvatrice. Deux approches pour le même but non avoué : survive, ou du moins ne pas souffrir.

Les textes et le manga donnent à voir la fin de la guerre par un petit bout de la lorgnette, par le point de vue de gens communs qui ont subi un embrasement passager. On peut y trouver plusieurs angles d’approche : les sentiments, le rapport à la guerre, la survie et l’imagination de l’après, comme on imaginerait un purgatoire infini.

A la lecture, nul besoin de se tordre les méninges pour comprendre pourquoi ce texte avait été biffé copieusement par les autorités. La guerre devient taboue, et comment justifier cet amour de la brèche ressenti par notre jeune couple ?

Je ne le recommanderais pas pour tout le monde. Il faudra aimer être dérangé et la thématique de la fin de guerre. Cela reste néanmoins une œuvre indispensable pour qui s’intéresse à cette période de l’histoire du point d’en vue nippon.

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