Petit éloge des brumes

Auteur : Corinne ATLAN
Éditeur : Gallimard, Folio 2€
Parution française : 5 septembre 2019
ISBN : 9782072769054
Prix : 2€
La quatrième :
« De prime abord, on se dit que la brume est rêveuse, et que le brouillard nous englue. Elle, vive et facétieuse, cache et révèle tour à tour, se prête aux divagations en tout genre. Pour un peu, elle enchanterait le réel. Lui, inquiétant, immobile, pèse sur les paysages et les consciences de toute son épaisseur, sombre écran sur lequel projeter nos angoisses. Mais les choses ne sont pas si tranchées. Les nébulosités sont plus subtiles que ne pourrait le laisser supposer le sens péjoratif qui, au royaume de la Raison, s’est attaché à leur nom.»

Des brumes météorologiques aux brumes métaphoriques, de Giverny à Katmandou et Kyôto, Corinne Atlan déploie une délicate ode poétique aux nébulosités.

Mon avis :

Quand j’écris cette chronique, il est six heures du matin. Le jour se lève, mais les nuages lourds de pluie plongent la Normandie dans une pénombre grisâtre. A mon sens, il fait beau. Plaid, chats et café. Bientôt la saison des brumes d’automne s’installera. 

Ce Folio fait partie de mes lectures favorites de l’année. J’avais été déjà profondément marquée par la Louange de l’ombre, me voilà bouleversée avec ce petit éloge des brumes.

Ces brumes, pour le quidam, c’est l’angoisse de la non perception, des créatures terribles qui s’y nichent, c’est le brouillard qui avale les gens, les sommets de montagnes. C’est l’incarnation de l’irrationnel et de l’intangible. Il faut, aujourd’hui, des angles droits sous des néons blafards, des murs palpables. Rien n’est accordé au nébuleux.

Mais ce monde lisse est terrible. Corinne Atlan nous emmène découvrir, à travers une rapide autobiographie, ces nébulosités ; ce sont ce flou des myopes, c’est le brouillard du matin d’été normand, c’est ce nuage effiloché et tardif qui s’attarde sur un bout de toit de temple, mais aussi celui de films, documentaires, photographes, et autres arts qui ont marqué l’auteure depuis son enfance.

La brume n’induit qu’une confusion apparente : le flou, en changeant la perception du monde, permet une acuité singulière, hors du temps (ou avec une dimension temporelle différente).

Rien n’ignore Autant la souffrance que ce qui flotte. – Natsume Sōseki, Oreiller d’herbes

La brume renvoie à l’ombre dont Tanizaki faisait l’éloge. Il ne faut pas montrer crûment le monde, mais il ne faut pas nom plus cacher tout à fait. Le Japon est une culture de l’estompe, de l’entre-deux, de l’estompe.

Son parcours littéraire et ses voyages l’ont confrontée à de multiples altérités, en France, au Népal, au Japon et dans de nombreux livres. Parcours qui est parfois immobile, dans les montagnes où elle prend le temps (mais le temps n’existe alors plus) de se fondre dans les forêts bleutées et brumeuses. Œuvres d’art, mythologies, errances, rien n’échappe à l’oeil (l’âme ?) avisé de l’autrice.

Difficile d’avancer dans ce livre, en vérité. Non qu’il soit mal écrit, lourd, ou sans intérêt, mais bien au contraire, il est léger, doux, passionnant. On ne souhaite simplement pas en finir avec ces pages. Celui-ci sera indéniablement à mon chevet, pour assouvir des besoins urgents de brumes.

 

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