Fukushima : Fragments

Auteur : Okahara Kosuke 岡原功祐
Traduction : Bilingue français/anglais – Frédérique Popet (français), Sheila Zhao (anglais)
Titre original : –
Éditeur : La Martinière
Parution japonaise : –
Parution française : 1er octobre 2015
ISBN : 978-2-7324-7000-9
Prix : 50€

La quatrième :
11/03/11. Suite au séisme qui secoue la côte pacifique du Tohoku, des vagues de 30 m ravagent l’intérieur des terres japonaises. Accompagné de son compteur Geiger, Kosuke Okahara a arpenté ces espaces meurtris. Ses images permettent d’entrer dans un monde peuplé de fantômes et d’appréhender une réalité qui a perdu ses couleurs.

Né en 1980 au Japon, et son diplôme de Waseda en poche, Okahara est un photographe incroyablement doué qui ne se limite pas à son propre pays. Son travail, en noir et blanc, s’attelle à montrer la souffrance humaine, en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud. Cette fois, c’est chez lui que ça se passe.

Comme la plupart des Japonais – si ce n’est la plupart des habitants de la planète –, j’étais suffisamment aveugle pour croire que le Japon était l’un des endroits les plus sûrs au monde. Évidemment, le pays avait son lot ordinaire de nouvelles déprimantes et déroutantes. Mais le Japon que je connaissais ne s’était jamais trouvé au beau milieu d’une guerre, ne connaissait pas la misère ou la famine.

Âmes sensibles, s’abstenir. On se doute que la désolation, la solitude, les stigmates de la catastrophe (des catastrophes ?) sont présents, mais la mort aussi. Par l’absence cruelle de vie, mais aussi par les cadavres qui peuplent certaines images, parfois clairement, parfois cachés subtilement par la délicatesse du noir et blanc. Et pourtant, la neige qui sublime la nature nous montre qu’elle n’est pas complètement morte : les traces de pattes sont la preuve de la résilience naturelle.

A portrait of Sanpei family at their new farm where they moved their cow from the high radiation area which was 26km from the reactor. Still their relocated farm has 1 m sv/h. Their milk doesn't reach governmental limit and they keep producing milk that is mostly used for ice cream.
Un portrait de la famille Sanpei dans leur nouvelle ferme, après leur évacuation, avec leurs vaches, de la zone interdite à 26 km du réacteur.  Même là, ils sont à 1 m sv/h. Leur lait n’atteint pas les limites gouvernementales et ils continuent d’en produire à usage des usines de crèmes glacées.

 

Les photos sont sans légende (elles se trouvent regroupées à la fin, avec mention de la distance de la centrale), laissant libre interprétation au lecteur. Abris de fortune, dérisoires barrages sur des routes qui ne mènent à rien, voitures abandonnées au milieu de nulle part, maisons en ruines… et puis, une forme de vie. Trois hommes masqués dans un camion, des travailleurs de la centrale, peut-être. Des routes déblayées, nettoyées, des affiches électorales, des habitants… un compteur Geiger dans un jardin. La vie, petit à petit, revient parmi les pages, mais sans cesse, il y a des rappels : nous sommes dans un pays de malemort. C’est une histoire sans parole qui se déroule dans ces pages, une histoire terrible, de mort, d’incertitude, de combat, d’abandon, mais aussi, d’espoir, de renouveau, incarnation du « Sept fois à terre, huit fois debout » nippon. Les gens continuent de vivre, travailler, les cultures et élevages reprennent, sous fond de contestation contre le sort qui leur est réservé par le gouvernement.

Une de mes photos préférées est une d’un intérieur, où on voit une série de portraits des défunts de la famille, et au fond, un kakemono et une calligraphie du kanji 夢, « Rêve ». Mais là encore, passée cette photo, on trouve boutiques en pièces, gens isolés, chez eux, supermarchés sans vie… et de nouveau, l’ascenseur émotionnel : une boutique, ouverte, les objets disposés, rangés, mais sans client. Petit à petit, les humains réapparaissent, cloîtrés, mais vivants, et finalement, on en retourne à la mer.

Miyakoji district of Tamura city. some 25km west of the Fukushima Daiichi Nuclear plant now facing the problem of being depoplulation
La ville de Tamura, quartier de Miyakoji, à 25 km à l’ouest de la centrale Fukushima Daiichi, fait face au problème de dépopulation.

Cet ouvrage est essentiel, et dans sa démarche, et dans son témoignage. Fukushima et son désastre humain et écologique nous semble loin, à nous Occidentaux, mais aussi au reste du Japon. On n’en parle plus, ou très peu, quand un tremblement de terre un peu fort fait craindre un effondrement de plus à la centrale… mais les gens, sur place, n’ont plus de vie, les jeunes sont partis -il n’y a aucun enfant dans les photos. Sans le travail de Okahara, leur quotidien aurait sûrement sombré dans l’oubli et le déni collectifs.

Site internet de Okahara Kosuke : www.kosukeokahara.com

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